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Ceux que l'on appelle aujourd'hui les "néoconservateurs" ne sont pas les inventeurs du messianisme étatsunien et de la doctrine de l'élection dont il s'inspire. De leurs côté, les grosses productions hollywoodiennes ne sont pas non plus les premiers relais de cette posture impérialiste. Avant l'industrie du spectacle, une partie de la littérature se chargeait déjà – bien qu'à une échelle moins massive – de diffuser l'idéologie fondatrice des Etats-Unis.
Contrairement aux apparences, le texte qui suit n'est donc pas une interview de Michael Bay. Il fut écrit par Herman Melville, il y a plus de 160 ans.
« Dans les temps anciens, Israël, après avoir fui le lieu de sa servitude, ne suivit pas les coutumes des Egyptiens. Ce peuple avait reçu une mission formelle : il y avait pour lui du nouveau sous le soleil. Nous, les Américains, nous sommes en quelque sorte le peuple élu, privilégié – l'Israël de notre temps ; nous portons l'arche des libertés du monde. Il y a soixante-dix ans, nous avons échappé à l'asservissement ; et outre notre droit d'aînesse – qui comportait tout un continent –, Dieu nous a accordé, en guise d'héritage futur, les vastes domaines des païens politiques, qui viendront encore s'étendre à l'ombre de notre arche, sans que s'élèvent des mains tâchées de sang. Dieu a prédestiné notre race pour le bien du genre humain, à de grandes choses : et ce sont de grandes choses dont nos âmes sont pleines. Le reste du monde sera bientôt dans notre sillage. Nous sommes les pionniers du monde ; l'avant-garde envoyée à travers les déserts vierges de l'inconnu pour tracer une voie neuve dans le Nouveau Monde qui nous appartient. Dans notre jeunesse réside notre force, et dans notre inexpérience notre sagesse. A un âge où d'autres nations ne savent que balbutier, notre voix sonore résonne au loin. Trop longtemps, nous avons douté de nous et trop longtemps nous nous sommes demandé si le Messie politique était vraiment arrivé. Mais il est venu en nous, et nous n'avons qu'à suivre ses suggestions. Et rappelons-nous toujours que nous serons sans doute les premiers, dans l'histoire de l'humanité, à faire de notre égoïsme national une philanthropie illimitée : car nous ne pourrons créer une réforme bienfaisante en Amérique sans en faire le don au monde. »
Herman Melville, La Vareuse blanche, 1850, cité par François Thual dans "Géopolitique des Etats-Unis", Revue Française de Géopolitique, n°3, 2005, p.134-135
Ce blog propose des éléments d’analyse de certains scénarios de films américains. Le but est de réfléchir à la manière idéale de raconter une histoire fictive pour qu’elle dise, ou au moins suggère, beaucoup de choses sur le monde réel. Le cinéma étatsunien me paraît constituer une source inépuisable d’enseignements à ce sujet.
Il ne s’agit pas ici de raconter les films et d’en établir une fiche technique ; d’autres sites le font très bien.
Il ne s’agit pas non plus de procéder à ce que certains appellent la "critique" de ces films, et qui se résume bien souvent à un concours de pseudo-liberté de ton, de name dropping et d'expressions à la mode, le tout ne produisant aucun concept et constituant de simples stratégies de distinction visant à l'existence virtuelle (Internet ou presse classique).
Ici, j’essaierai en premier lieu de comprendre les techniques scénaristiques qui fondent la puissance du cinéma américain, et sa large diffusion. Pourquoi ça marche ? Pourquoi tant de personnes apprécient-elles les productions de cet empire du spectacle ? Qu’est-ce qu’un scénario efficace ?
A travers les différents articles de ce blog, je tenterai de montrer qu’il s’agit avant tout d’un problème de valeurs, et que la force d’un scénario réside avant tout dans la transmission d'une morale par le jeu de l’intrigue.
On pourra juger que certaines analyses sont parfois tirées par les cheveux. C'est possible ; mais il est aussi probable que notre inconscient soit plus mobilisé que nous ne le croyons lorsque nous regardons un film.
En outre, j'essaierai de tirer de ces analyses quelques conséquences plus globales, principalement sur le plan politique. Si le rayonnement mondial du cinéma hollywoodien provient de sa capacité à transmettre par le spectacle les valeurs anglo-étatsuniennes, il faudra notamment s'interroger sur la manière dont la lutte contre certaines de ces valeurs pourrait investir à son tour le cinéma de masse.
Notez enfin que si je reste le fondateur unique de ce blog, certains articles seront collectifs.
Thomas Boussion
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