Partager l'article ! L'incompréhensible obsession d'Yves Lavandier envers l'esclavage des Noirs: Je voudrais m'insurger aujourd'hui contre l'obsessi ...
Je voudrais m'insurger aujourd'hui contre l'obsession incompréhensible dont Yves Lavandier* fait preuve à l'égard de quelques malheureux petits siècles de traite négrière dans son livre La Dramaturgie** qui, après tout, est censé être un livre sur la dramaturgie.
Morceaux choisis :
« Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le camp de concentration de Stutthof, une femme du nom de Flora dirigeait un théâtre de pain. Avec une partie de sa maigre ration, elle modelait de petites figurines. Le soir, en cachette dans les toilettes, elle et quelques prisonnières animaient ces acteurs de mie devant des spectateurs affamés et promis au massacre. Jusqu'à la fin. […] On le voit, même dans les circonstances les plus terribles, l'être humain a besoin qu'on lui raconte des histoires. » (p. 11)
« Le Choix de Sophie offre un bon exemple de conflit gâché, à mon avis, par la façon dont il est présenté. C'est d'autant plus dommage que le conflit en question – l'humiliation causée par la négation de la dignité humaine – est l'un des plus atroces qu'un être humain puisse vivre. A son arrivée, en camp d'extermination, Sophie (Meryl Streep) est forcée par un officier SS à choisir lequel de ses deux enfants survivra. » (p. 48)
« La première partie du Pianiste contient un très beau crescendo. Enfin, beau techniquement, car sur le fond, il est atroce. Laissons Roman Polanski en rendre compte : « Pour moi, la progression était essentielle. Je voulais en effet exprimer une conception que les gens n'ont pas quand ils pensent à cette période. J'entends régulièrement dire : « Mais pourquoi les Juifs ne se sont pas révoltés ? » Ca me semble tellement absurde, à moi qui ai vécu cette période-là. Parce que voilà comment ça s'est passé : d'abord, on pensait que la Pologne ne perdrait pas la guerre ; ensuite, quand les Allemands sont entrés, on a cru qu'on pourrait survivre ; ensuite, ils ont interdit par décret aux Juifs de s'asseoir sur les bancs public (…) ; ensuite, ils ont dit que les Juifs devaient porter des brassards avec l'étoile de David ; puis ils ont dit que les Juifs devaient tous se regrouper dans un seul quartier ; ensuite, ils ont emmuré ce quartier. (…) A chaque étape de cet engrenage, les gens disaient : « Ca passera, ça passera, ça ne peut pas être pire ». Eh bien si, ça a été pire, et pire, et pire, et finalement la plupart ont été exterminés ! » (p. 107)
« Vladek Spiegelman, le protagoniste de Maus, passe vingt fois à deux doigts de la mort – c'est une histoire vraie, il est l'un des rares juifs polonais à avoir échappé à la Solution finale. » (p. 130)
« […] dans Le vieil homme et l'enfant, le manque de résolution crée, à mon avis, une immense déception. J'ai envie que Pépé l'antisémite (Michel Simon) réalise qu'il s'est pris d'affection pour un enfant juif (Alain Cohen). J'ai furieusement envie qu'il apprenne la leçon même du film. Or ce n'est pas le cas. Claude Berri rétorquera peut-être que son film est autobiographique et que, dans la réalité, les choses se sont passées comme il le montre dans son film, c'est-à-dire sans scène obligatoire. L'argument est compréhensible. Mais les auteurs doivent avoir conscience que ce qui fonctionne dans la vie ne fonctionne pas toujours en dramaturgie, et vice versa. » (p. 307)
« L'histoire ne le dit pas mais il y a fort à parier que la femme qui animait son théâtre de pain dans le camp d'extermination de Stutthof (cf. page 11) faisait rire ses spectateurs. » (p. 375)
« Enfin, il faut rappeler qu'une œuvre dramatique est déjà en soi une œuvre symbolique, à mi-chemin entre réel et imaginaire, une œuvre qui s'apparente au jeu du faire semblant des enfants. A moins d'être mentalement fragile, aucun spectateur contemporain de Mein Kampf (la pièce de George Tabori) n'ira dire : « Quelle horreur ! Hitler est revenu ! » ou, à propos de l'acteur qui jour Hitler, « quel est ce malotru qui ose se faire passer pour le führer ? ». Nous savons que c'est pour de faux, que l’œuvre est à prendre au sens figuré. » (p. 414)
Le meilleur pour la fin :
« On comprend tout de suite pourquoi certains films sont plus efficaces que d'autres : ils brassent des valeurs archaïques, visent le cerveau reptilien du spectateur. En revanche, au fur et à mesure que je parcours la liste de Truby [qui classe les objectifs des personnages, ou désirs, en fonction de leur noblesse, ndlr], je m'interroge. En quoi attraper un criminel est-il plus haut qu'accomplir quelque chose ? Et puis surtout la fin me laisse pantois. Sauver le monde serait l'objectif le plus noble du répertoire ? Je veux bien le croire si l'on considère La Liste de Schindler. Mais sauver le monde est aussi l'objectif des protagonistes des Tortues Ninja. » (p. 61)
« Si Psychose est l'exemple de fausse piste le plus célèbre, La Liste de Schindler offre probablement la fausse piste la plus discutable du répertoire. Vers le fin du film, les ouvrières de Schindler sont envoyées à Auschwitz par erreur. On leur coupe les cheveux, on les déshabille et on les envoie à la douche. Quel spectateur pense à ce moment-là qu'il y avait dans les camps de vraies douches pour les prisonniers ? Qui ne pense pas qu'elles vont être gazées... ? Eh bien non, surprise : c'est une vraie douche ! Il ne me viendrait pas à l'idée de taxer Spielberg et ses auteurs de révisionnisme, mais je dois dire que je ne comprends pas l'intérêt de cette fausse piste. » (p. 242)
* Auteur dramatique, cinéaste et script doctor. Auteur de La Dramaturgie, ouvrage de référence de beaucoup de scénaristes français.
** La Dramaturgie, éditions Le Clown & l'Enfant, 2011 (première édition : 1994).
Ce blog propose des éléments d’analyse de certains scénarios de films américains. Le but est de réfléchir à la manière idéale de raconter une histoire fictive pour qu’elle dise, ou au moins suggère, beaucoup de choses sur le monde réel. Le cinéma étatsunien me paraît constituer une source inépuisable d’enseignements à ce sujet.
Il ne s’agit pas ici de raconter les films et d’en établir une fiche technique ; d’autres sites le font très bien.
Il ne s’agit pas non plus de procéder à ce que certains appellent la "critique" de ces films, et qui se résume bien souvent à un concours de pseudo-liberté de ton, de name dropping et d'expressions à la mode, le tout ne produisant aucun concept et constituant de simples stratégies de distinction visant à l'existence virtuelle (Internet ou presse classique).
Ici, j’essaierai en premier lieu de comprendre les techniques scénaristiques qui fondent la puissance du cinéma américain, et sa large diffusion. Pourquoi ça marche ? Pourquoi tant de personnes apprécient-elles les productions de cet empire du spectacle ? Qu’est-ce qu’un scénario efficace ?
A travers les différents articles de ce blog, je tenterai de montrer qu’il s’agit avant tout d’un problème de valeurs, et que la force d’un scénario réside avant tout dans la transmission d'une morale par le jeu de l’intrigue.
On pourra juger que certaines analyses sont parfois tirées par les cheveux. C'est possible ; mais il est aussi probable que notre inconscient soit plus mobilisé que nous ne le croyons lorsque nous regardons un film.
En outre, j'essaierai de tirer de ces analyses quelques conséquences plus globales, principalement sur le plan politique. Si le rayonnement mondial du cinéma hollywoodien provient de sa capacité à transmettre par le spectacle les valeurs anglo-étatsuniennes, il faudra notamment s'interroger sur la manière dont la lutte contre certaines de ces valeurs pourrait investir à son tour le cinéma de masse.
Notez enfin que si je reste le fondateur unique de ce blog, certains articles seront collectifs.
Thomas Boussion
Bonjour à vous,
Je viens de lire avec intérêt votre article. Je dois vous dire qu'il me laisse quelque peu pantois.
Votre titre parle de "l'incompréhensible obsession d'Yves Lavandier envers l'esclavage des noirs" alors que vous ne faites ensuite que souligner des passages faisant référence au génocide perpétré par les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Or, comme nous le savons tous, la plupart des victimes n'étaient pas noirs de peau mais blancs parce que d'origine juive.
Ensuite, vous venez remettre le couvert, si je puis dire ainsi, dans votre introduction en signalant que le colonianisme et l'exclavagisme des noirs n'était en fait que de "malheureux petits siècles de traite négrière". Ce qui montre bien dans quel état votre esprit s'est engourdit ! Peut-être me direz-vous que ce n'est qu'un détail dans l'histoire et si tel est le cas, votre opinion, en compraison, est loin de valoir son pesant de cacahouette.
Par ailleurs, je trouve fort étrange mais particulièrement révélateur que votre article soit classé et enregistré dans la base de données de votre blog sous l'intitulé "article-l-insupportable-obsession-d-yves-lavandier-envers-l-esclavage-des-noirs". Bizarrement, "incompréhensible" remplace dans votre esprit "insuportable". Vous pouvez vous rendre compte avec moi (si cela est inconsient de votre part), qu'il y a chez vous une sacrée animosité envers une partie de l'humanité. Que vous ont-ils fait ? Pourquoi avez-vous peur d'eux plus que vous-même ? Car, tout de même, vous y allez un peu fort. S'il y a bien une personne que vous devez vous méfiez c'est vous-même !
Du reste, sans doûte n'ai-je pas compris la suprême ironie qui se dégage de ce texte au combien sublime dans sa poésie et redoutable dans sa démonstration cartésienne. Si l'on peut reproché, et c'est le moindre des maux, quelque chose à Yves Lavandier, c'est son obsession de la dramaturgie. Vous pouvez penser ce que vous voulez, ou plutôt devrais-je dire ce que vous pouvez, j'ai lu et relu attentivement l'oeuvre remarquable qu'est "La Dramaturgie", on n'y respire principalement la générosité des grands humanistes qui oeuvre au grand bien universel.
Enfin, reconnaissez-le, votre article révèle bien que vous vous insuportez vous-même, que vous êtes incompréhensible pour votre propre personne. Si mes propos vous ont ne serait-ce qu'un peu éclairés sur vous-même, alors ne regrettez pas d'avoir diffuser votre article sur la toile. Et ne me remerciez pas, vous n'êtes redevable envers personne. Sentez vous libre de reconnaitre en vous une partie peu glorieuse. Donnez-vous comme ultime objectif, celui de vous aimez pour vous-même avec tout le travail sur vous qu'il vous reste à faire.
Vous souhaitant malgré notre fâcheux désaccord, une excellente journée.
Cher monsieur,
C'est avec grand plaisir que je lis votre commentaire. D'abord, parce qu'il est extrêmement courtois. Je tiens la politesse non pas seulement pour une soumission à des conventions sociales, mais aussi et avant tout comme un choix délibéré de manifester un certain respect envers son interlocuteur. Nous aurons l'occasion de reparler de l'ironie dans ce qui va suivre ; j'espère que votre politesse n'en était pas empreinte. Ensuite, j'ai apprécié votre commentaire parce qu'il est le premier sur ce blog depuis longtemps. Enfin et surtout parce qu'il est le premier sur cet article.
Figurez-vous que cet article m'est cher. Mine de rien, je l'avais travaillé. C'est avec joie que je m'en explique aujourd'hui. En écrivant ce titre et cette introduction dont vous avez à juste titre révélé le décalage avec le contenu qui suivait, je souhaitais installer une ironie, dont la fonction se voulait double : surprendre et/ou faire rire. Surprendre pourquoi ? Pour faire se poser des questions. Des questions que vous ne semblez pas vous être posées, ou bien auxquelles vous n'apportez peut-être pas les mêmes réponses que moi.
Première question : pourquoi y a-t-il, dans un livre consacré à la dramaturgie (excellent au demeurant, comme je l'ai souligné ici), autant de références à ce que vous appelez le « génocide perpétré par les nazis pendant la seconde guerre mondiale » ? J'ai ma réponse, que je garderai pour moi d'une part parce qu'elle serait extrêmement longue et d'autre part parce que la loi française m'interdit de l'exprimer en public. Quelle est la vôtre ?
Deuxième question : pourquoi n'y a-t-il pas, dans ce même livre, de référence à la traite négrière ? J'ai encore ma réponse, qui serait tout aussi longue et qu'il ne servirait à rien d'exposer ici puisque, de toute façon, elle serait à peu de choses près la même que la réponse à la première question.
Après fusion des deux premières, une troisième question se profile, qui me fait trembler tant elle s'approche du blasphématoire en ces temps religieux, mais qui aura peut-être le mérite, Inch Allah, de vous faire mieux comprendre la question qui sous-tendait ce petit article : comment se fait-il qu'il y ait, dans un ouvrage qui n'est consacré ni au « génocide » ni à la traite négrière, une très large sur-représentation des références au premier par rapport aux références à la seconde ? (Pour parler chiffres, le « génocide » écrase la traite négrière environ 20 à 0. Comme je suis bon joueur, je vous mets sur une piste pour vous permettra peut-être de comprendre ce qui s'est passé : qui joue à domicile ?)
Vous vous doutez bien en outre que j'ai une réponse à cette question et qu'elle est assez semblable aux deux précédentes.
Deux remarques pour finir de commenter votre commentaire :
J'avais d'abord utilisé « insupportable » pour « incompréhensible » dans le titre de l'article, car il s'agissait encore d'une version plus ou moins brouillon où je cherchais les mots justes. « Incompréhensible » me paraissait mieux exprimer l'ironie recherchée.
Malgré le désaccord « fâcheux » qui nous oppose, je trouve que votre commentaire, au final, va vraiment dans le bon sens. Votre morale est juste et bonne, car elle vous pousse à la bienveillance et vous invite à éclairer les personnes que vous pensez maintenues dans l'obscurité. C'est tout à fait louable et, sans vouloir me louer moi-même, c'est également ma démarche.
Je ne peux conclure qu'en vous témoignant, à mon tour et sans ironie, mon plus grand respect. Merci d'avoir cherché à comprendre ce que je voulais dire, et merci ensuite d'avoir pris le temps de laisser votre commentaire.
Ce procès d'intention est ridicule et, à mon avis, contribue surtout à vous discréditer. Lavandier n'a aucune raison de traiter toutes les barbaries humaines de façon absolument égalitariste. D'ailleurs, si mes souvenirs sont bons, il parle plusieurs fois du racisme anti-Noirs avec l'exemple de "La victoire en chantant". Vous ne seriez pas antisémite par hasard ?
@ Le Floch : quel rapport avec l'antisémitisme ? Ne peut-on pas trouver surprenante la forte représentation de la souffrance des juifs dans un ouvrage consacré à l'écriture dramatique, sans pour autant être antisémite ? En outre, je suis ravi pour vous que déduisiez de tout ça mon discrédit, mais cette question est hors sujet : le crédit et le discrédit dont les gens sont affublés ne font pas partie des catégories utilisées dans ce blog.
"Le crédit et le discrédit (...) ne font pas partie des catégories utilisées dans ce blog" ? LOL ! MDR ! Il me semble qu'en publiant cet "article", vous avez voulu discréditer la position d'Yves Lavandier. Dommage pour vous que vous n'ayez pas l'honnêteté (ou la présence d'esprit) de le reconnaître. Cela dit, je vous ai lu, j'ai trouvé le procès ridicule, je vous l'ai dit. Maintenant, il y a des choses plus importantes qui m'attendent dans la vie que de vous convaincre. PS. A part "La victoire en chantant", Lavandier dit aussi du bien de "Hotel Rwanda".
@ Le Floch : Souligner la surreprésentation de l'exemple de la souffrance des juifs dans un ouvrage consacré à la dramatrugie, ce n'est pas jeter le discrédit sur cet ouvrage ou son auteur, et ce n'est pas non plus être antisémite. Avez-vous envie de comprendre ces nuances ou préférez-vous vous en tenir à une version simpliste de la réalité ?